VOLUME DES CORNOUILLE Jean-Baptiste Mognetti et Sophie Lapalu

Texte de Jean-Baptiste Mognetti et Sophie Lapalu, pour l’exposition Studio Romance – Hybrid Object n°3- à La Vitrine de l’ENSAPC du 5 octobre au 12 novembre 2011

http://sophielapalu.blogspot.com/search/label/Veljko%20Zejak

Naître, périmer, s’identifier. Cet axiome warburguien fait étrangement écho à un vieux dicton des Nouvelles-Hébrides : le palmier pousse, le corail croît et l’homme s’en va.
Pour ce qui est du corail : Les baies qu’il porte sont blanches et molles sous l’eau; au dehors elles deviennent aussitôt dures et rouges, et ont l’apparence et le volume des cornouilles. On dit qu’il suffit de le toucher pendant qu’il est encore vivant pour le pétrifier, et que pour cette raison on cherche à le prévenir, l’arrachant avec un filet ou le coupant avec un fer bien aiguisé : c’est cette espèce de tonte qui lui a fait, ajoute-t-on, donner le nom de corail (κουρά, tonte). Ici, Sophie cite l’Histoire naturelle de Pline, Tome II.
Le taux d’hémoglobine présent dans l’émail rouge que j’ai sous les yeux est le symptôme d’une
Coagulation-incorporation
à laquelle Sophie apporte l’éclaircissement suivant :
Dans l’Europe du XVIème siècle, dont l’horizon s’élargissait de la découverte d’autres continents, le corail était couru des collectionneurs ; en effet, son origine laissait perplexe : végétal ou minéral ? L’hypothèse admise en faisait une plante pétrifiée, à classer parmi les végétaux – ou les minéraux. Ce consensus sur l’origine du madrépore correspondait aux perceptions antiques de Pline, pour qui la plante souple durcissait au contact de l’air… On prêta ainsi des vertus prophylactiques au corail, ce qui amena nos contemporains à penser que la statuette de Daphné en argent blanc, chef d’oeuvre réalisé dans l’atelier du plus grand orfèvre de Nuremberg, Wenzel Jamnitzer (1507/08-1585), était un « languier », soit l’un de ces ustensiles de table médiévale construit comme un arbre à multiples branches où l’on suspendait des « langues de serpent » (vraisemblablement des dents de requin fossilisées) réputées capables de détecter le poison. Mais cette hypothèse est infirmée par le plus ancien inventaire du Kunstkammer (cabinet de curiosités) de Saxe (1587) où la Daphné de Jamnitzer est rapidement décrite : « figure de jeune femme portant une grande branche de corail ». Cette figure venait ainsi enrichir les armoires du Kunstkammer d’un prince allemand collectionneur et s’offrir comme la personnification – d’argent fondu, ciselé et partiellement doré, de corail et de roches métamorphiques- des mutations naturelles de la Nature. Par delà l’évocation mythologique de la métamorphose, cette Daphné rencontre les préoccupations des savants de la Renaissance, à savoir identifier et classer toutes les espèces naturelles.
De fait, Palissy a mis le feu à son propre cabinet de curiosités (armoires princières et mobilier vénéneux compris) dans le seul but de trouver une recette. Celle de la fusion naturelle de la perte et du gain
Sophie (à part) : Si notre question aujourd’hui n’est pas d’ordonner les naturalia selon le règne minéral ou végétal, celle du statut transitoire des objets persiste ; et si Daphné de « languier » se révèle être objet de curiosité puis chef d’oeuvre conservé à Ecouen, la métaphore de la transmutation tombe à pic pour dessiner le contour de ce qui s’expose ici, soit des artefacts arrachés au silence de l’atelier, où ils s’assoupissaient dans l’attente d’une destination.
J’ajoute que les arborescences nostalgiques de ma douleur épuisent le champ des possibles et qu’il ne me reste que le ciel. Le ciel et un angle. Un angle qui organise la vision et redonne un sens à chacun de mes échecs. Dans l’angle, chaque forme tente une nouvelle définition de la mort. Au coin du feu l’impossible romance d’Apollon et de Daphné
S : Debout sur une base circulaire dans laquelle ont été fixés des fragments de quartz et de sulfure / avant-bras levés de part et d’autre du visage et s’interrompant aux poignets où sont fixées les (…) branches. Huit délicats rameaux de feuillages de laurier en argent peint en vert et verni fixés aux extrémités.
Localement, la situation s’apparente à une poche de couleur pure formée par les parois artérielles de la matrice et communiquant avec la lumière de vaisseaux ligneux.
(A1) B1 un échantillon graphique
Sous pression
La valeur de ces objets ne peut être que sentimentale
Au fil des journées sans contours passées dans la galerie à attendre que vienne le désespoir je déplace j’ignore j’arpente et ne trouve aucune issue à ma douleur – fragmentaire.Poursuivie par Apollon fou d’amour, elle est transformée en lauriers
Alors, rien à faire. Je voudrais connaître la bande-son de ce voyage immobile. S’il n’y a pas d’idée fixe, il existe du moins une fixité idéelle qui m’empêche d’avancer. Lutter contre le vent solaire du temps perdu. Plus c’est lourd et plus c’est difficile à identifier. Une translation s’impose. Grille en légère surélévation contrecarrant les masses érotiques de deuils enfouis.
Ici
Des artefacts arrachés au silence de l’atelier : ils s’assoupissent [à l’ombre] d’une destination inconnue / Belgrade, Port-Soudan, Valparaiso et leurs dédales de béton. Ce qui me fait penser que Studio Romance est peut-être avant tout un exercice joycien, combinatoire.
L’explosion dans l’atelier d’une bombe de peinture bleue ressemble trop au final de Pierrot le fou pour être vraie. Et pourtant. Cet événement échappe à toute ramification théorique et transforme le ratio : amas de blocs de béton + rupture de l’anévrisme chromatique (qui s’était formé dans la galerie) en un fragment de matière sombre. Sophie appellerait cela une métamorphose. Car elle sait que les rapports appellent l’action. Elise et Andrés tentent une fois de plus de disposer dans la vitrine les échos aponévrotiques de nos mémoires déflagrées par le silence.
Elise : Andrés vient de me dire qu’une bombe (la bleue) avait explosé dans la vitrine. Seules les pièces de Matthieu ont été touchées, effleurées par une sorte de révélateur chromatique. L’accident est le pur indice de la photosensibilité de nos échecs / essais et autres ébauches, débris ; maquettes, projets, esquisses, croquis. La césure du continuum spatio-temporel constitué par la grille fait suite à l’absorption d’un litre de café.
Vitrine (en quel bois ?)
Au fond tapissé de velours (fluo) :
Socle ajouré de tourbillonnements sous une

Céramique (implant) ou encore
Agencements kabbalistiques

La romance est née dans le studiolo
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